Une vie de famille heureuse

1) La maison du bonheur

C'est la joie dans la famille Parisot quand en ce jour de septembre 1919 (il y a déjà presque cent ans), un deuxième enfant vient de naître.

L'aîné Jean a déjà plus d'un an. C'est Roger qui vient au monde aujourd'hui. Quatre autres enfants suivront faisant la joie des parents.

Le papa a été pharmacien, comme le grand-père. Maintenant, il travaille au laboratoire de l'école d'Agriculture de Damien, qui vient d'être fondée. Mais bientôt, il lui faudra abandonner ce poste : en voiture, (c'est l'époque des premières voitures en Haïti) il va parcourir la campagne. Il aidera les paysans à améliorer leurs méthodes de travail.

Sur les routes toute la semaine, c'est le samedi soir qu'il rentre à Port-au-Prince. Les 5 garçons et leur sœur, Thérèse, l'ont attendu avec impatience tout l'après-midi.

Et le lendemain, après la messe de 5 heures, en route !... Aujourd'hui, c'est Mirebalais. Un autre jour, c'est l'Arcahaie ou Léogâne. On visite les endroits où le papa travaille. Mais surtout, on admire les beautés de la « Perle des Antilles ». La voiture franchit des ruisseaux qui coulent en cascades, les vallées verdoyantes. Les yeux regardent défiler les mornes, paysage nouveau à chaque détour du chemin. Les routes ne sont pas asphaltées, la voiture prend son temps et cherche son chemin. Et dans l'après-midi, la tête pleine d'images merveilleuses, on rentre sous le soleil rougissant.

Certains jours, tous les enfants s'assoient sans bruit. Et maman s'installe au piano. Alors, c'est un enchantement ! Tous écoutent ravis les œuvres des grands musiciens d'Haïti ou de l'étranger. Roger, lui, préfère la « symphonie héroïque » de Beethoven.

2) Un bon garçon

Finies les vacances ! Jean et Roger s'en vont loger chez leurs tantes, juste en face de l'école de l'école Saint-Louis de Gonzague. Ils n'ont qu'à traverser la rue pour être à l'école, où ils se plaisent beaucoup.

Roger n'a guère de difficultés en classe. Quelle que soit la matière, il s'applique. Les cahiers sont si bien soignés que ses professeurs les gardent comme modèles ! Travailleur et intelligent, il est toujours parmi les meilleurs élèves et tête de classe.

Il est fier d'apprendre que son ancêtre Coutilien Coutard a donné sa vie pour défendre son chef, Pétion.

Et toujours doux et accueillant. Jamais il ne se fâche. Si pourtant ! Une fois, il se met en colère parce qu'on veut l'opposer à son frère Jean.

La famille Parisot. Roger, en haut, à gauche, et Jean, en haut, à droite.

 

3) Rayons de soleil et nuages

Car par-dessus tout, il se plaît en famille, surtout avec Jean. Ils sont inséparables. Souvent ils invitent frères et cousins à venir jouer avec eux. Que de bonnes parties de foot avec une balle de tennis dans une petite cour !... Mais jamais de disputes ! Sinon, Roger intervient, réconcilie les deux bagarreurs. Et quand il s'agit de son camp, il cède tout de suite. Puis on continue à jouer !...

- Et maintenant, Roger, qu'allons-nous faire ?

Rapidement, surgit un nouveau jeu avec des règles que notre boute-en-train invente. Et c'est une autre partie endiablée qui commence.

Taquin avec ses frères et sœurs, il ne cause guère de soucis à ses parents. Ses études marchent bien. Il a toujours le sourire.

Et pourtant... la souffrance le visite déjà : un jour, il se plaint d'avoir mal à la tête... Jean lui réplique :

- Tu as bien souvent la migraine.

- Oui, presque toujours. Mais, il y a des moments où c'est insupportable.

4) La passion du beau

Le visage plein de douceur, les yeux rayonnants d'intelligence, un cœur ouvert à tous et toujours prêt à rendre service, Roger n'est guère robuste, mais il reste toujours aussi acharné au travail.

Un problème est-il difficile ? Il va y réfléchir une soirée entière, un jour, une semaine s'il le faut. Pour le baccalauréat, il cherchera même pendant plus d'un mois la solution du problème qu'il n'avait pu résoudre à l'examen. Souvent il répète à son frère :

- Mais, tu n'as cherché qu'une heure !

Quelle joie quand enfin ses efforts aboutissent !

Mais il aime surtout la lecture et a toujours un livre à portée de main. Dès qu'il a cinq minutes, il l'ouvre. S'il se trouve à la campagne avec des amis, il lit tout haut quelques vers que les autres couchés dans l'herbe critiquent ou aiment.

Les jours de vacances, avec son frère, il monte des pièces de théâtre. D'autres fois, tous les deux se récitent des poésies que l'un commence et l'autre finit. Ou bien ils partent sur le morne l'Hôpital; Jean fait de la peinture, Roger écrit des vers sur son petit carnet de poche. Puis ils discutent du tableau ou du poème.

Ils aiment la nature et les longues marches dans les mornes. Un soir, ils ne sont pas rentrés quand la nuit tombe... Toute la famille s'inquiète. Tard dans la nuit les voilà enfin.

- Où étiez-vous donc ?

- Nous sommes allés au Fort-Jacques. Mais nous nous sommes égarés en revenant.

 

Peu importe ! le samedi suivant ils seront plus prudents. Les paysages haïtiens sont si beaux ! Et leurs conversations si animées ! Tout y passe : lecture, peinture, musique... car ils aiment tout ce qui est beau.