L'appel à suivre le Christ

5) Un cœur ouvert

La vie est heureuse en famille. Et les enfants Parisot apprennent à s'ouvrir aux détresses du monde et à l'amour de Dieu. Toujours ils garderont le souvenir de l'exemple de leurs parents.

Tous les soirs, quand il est à la maison, ils voient leur père à genoux au pied de son lit, il récite le chapelet. Mais c'est en famille que se fait la prière. La maman dirige et termine souvent par quelques invocations. Un soir elle dit :

- Notre-Dame des Vocations, priez pour nous.

Les deux frères se mettent à rire.

- Pourquoi nous fais-tu prier pour les avocats mamans ?... et la maman d'expliquer le sens de vocation qui n'a rien à voir avec les avocats.

Un jour, madame Parisot reproche à son mari :

- Comment ! Tu as donné le tiers de ton salaire à un pauvre !...

- Mais il est plus malheureux que nous. Nous, nous pouvons encore travailler, grâce à Dieu !...

Roger, se souvenant, écrira plus tard : « Les grâces que j'ai reçues du Seigneur sont peut-être la récompense du dévouement et de la sainteté cachée de ma famille. »

Tous les matins, lui et Jean accompagnent leurs tantes ou leur mère à la messe dans la chapelle de Saint-Louis de Gonzague. Roger obtient d'être enfant de chœur. Alors quelle joie ! Joie, bien sûr, de pouvoir grimper avec les autres choristes dans le clocher et de découvrir toute la ville. Joie surtout d'être ainsi plus près du Seigneur qu'il reçoit presque tous les jours dans la communion. Joie encore d'être plus près des Frères : il les observe et déjà, il rêve...

6) L'appel

Roger se souviendra toujours de ce soir-là. Le cours de français vient de se terminer. Le Frère Henri, en sortant de la classe, lui demande :

- Qu'est-ce que tu comptes faire plus tard ?

- Je ne me suis pas encore décidé.

- Tu n'as jamais pensé à être religieux ?

- Oh si ! Je serais si heureux de devenir Frère.

Être Frère ! ... souvent déjà, il y a pensé en s'occupant des petits sur la cour. Il aime participer à leurs jeux, répondre à leurs questions. Peu à peu, il a découvert un idéal : passer sa vie au milieu des enfants, leur faire découvrir les merveilles du monde; leur apprendre à aimer Jésus ...

Bientôt les parents sont mis au courant. C'est dur !... Il faudra quitter le pays pour passer plusieurs années en Europe. Mais le papa a tranché :

- Je ne peux empêcher Roger d'aller où Dieu l'appelle.

Jean, lui aussi, a parlé avec le Frère Henri :

- Mon frère rentre au juvénat... mais dites-lui de ma part que moi, je veux devenir prêtre et que je veux aller au séminaire.

Le Frère Henri a fait le commissionnaire entre les deux frères qui échangeaient sur tout mais n'avaient pas encore osé se confier leur projet. Désormais ils ont la volonté tous les deux de faire de leur vie un don à Dieu. Tout en poursuivant leurs études, les deux frères se préparent. Ils continuent à réfléchir. Ils prient et lisent l'Évangile.

En classe de première, Roger veut même écrire une pièce de théâtre sur la Passion. Ce n'est peut-être pas un chef-d’œuvre... mais tout son cœur est là, dans ces vers où il exprime la douleur de la Vierge au pied de la croix.

Roger, à l'époque de sa classe de philo

 

7) Quitte ton pays

Il faut se séparer... Jean est entré au séminaire de Port-au-Prince. Roger vient de réussir son baccalauréat. Il va partir pour l'Europe. Il n'a pas encore dix-sept ans et le cœur plein d'espérances. Dans trois si Bondye vle, il sera Frère et reviendra enseigner en Haïti.

En route sur l'océan !... Après Haïti, c'est Porto-Rico et la Guadeloupe; puis la longue traversée de l'Atlantique. Trois semaines de voyage. Roger s'ennuie sur le bateau où il n'y a pas grand chose à faire. Il se promène sur le pont : « J'écoute la voix formidable de la mer. J'ai le temps de regarder les mouettes, gracieuses ! ou de contempler les couchers de soleil. La seule chose qui me plaît sur le bateau, ce sont les concerts tous les soirs. On a de la belle musique !... »

Et voici la France. Mais que de brume ! Il pourra tout juste admirer la cathédrale de Saint-Malo, ses vieilles pierres sculptées, ses vitraux... Il faut repartir vers l'Île de Jersey, but du voyage.

8) Postulant

La maison de Bon-Secours, enfin ! Dès le début, il s'y plaît. C'est dans cette maison que depuis quatorze ans se rassemblent les jeunes qui veulent devenir Frères. Une formation sur trois ou quatre années d'études et de prières, puis ils repartent dans les écoles enseigner.

Mais pour Roger, cela commence mal. Il tombe malade : quarante jours au lit. « Je ne me suis pas ennuyé; j'avais pour m'aider la communion tous les matins. Et puisque le Bon Dieu le voulait ainsi... »

Enfin rétabli, il retourne à ses livres. « Je fais des maths et des sciences et aussi un peu d'anglais et de latin. » Un jour arrivent cinq nouveaux : des Anglais qui viennent de Southampton. Roger en profite pour lier conversation. « Je me suis essayé en anglais. J'ai trouvé que ce n'est pas trop mal. »

Toujours aussi artiste. « Le 20 juillet, pour la fête du Frère Directeur, nous avons joué une pièce de théâtre. J'en avais écrit le texte. Et ma foi, il n'y a pas à se plaindre du succès. On ne nous a pas envoyé d'œufs. »

Mais c'est surtout dans le cœur à cœur avec Dieu qu'il se plaît : « Je suis heureux à la pensée de me donner au Seigneur, de me consacrer à Lui de plus en plus. Je le prie de me donner le courage de m'attacher à Lui et de toujours faire sa volonté. »