Apôtre de la jeunesse

23) Je t'ai choisi pour porter l'Évangile.

Mais plus que tout, Roger veut aider les jeunes à aimer Jésus-Christ. Dès son arrivée à Flers, il va s'occuper de la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne). Chaque semaine, il retrouve quelques garçons décidés. En équipe ils réfléchissent sur leur vie. Mais toujours on commence par une lecture d'Évangile. Parfois on fait un panneau : images, dessins, devises... qui leur rappellent de « Vivre pour le Seigneur ». Mais ce n'est pas facile. Et souvent, Roger répète : « Dieu ne nous demande pas de vaincre, mais de combattre. »

Parfois, le jeudi, jour de congé de la semaine, tous partent en promenade dans la nature. Sur la route, retentissent les refrains :

« Ohé, garçon, garçon,

Toi qui cherches, toi qui doutes,

Prête l'oreille à ma chanson,

Entends l'appel de la route. »

De temps en temps, on s'arrête pour admirer la nature ou prier en silence. Et le soir, on rentre, fatigués de la longue marche, mais les yeux pleins de lumière.

Pendant les vacances, Roger organise des camps. Mais il prévient : « Le camp sera dur. On y trouvera une certaine pauvreté, un travail sérieux, une vraie vie avec le Christ. Avant de s'inscrire, qu'on se le dise ! » Au centre de la journée, la messe. Et pour le reste : grands jeux, réunions, prière personnelle, veillées. Mais que de travail pour Roger qui doit tout préparer avant ! Peu importe puisque c'est pour le Seigneur et les jeunes...

Et quand le dernier soir, tous se retrouvent à l'église pour une veillée de prière, Roger est heureux : les garçons ont rencontré le Seigneur, ils veulent vivre avec Lui. Alors toutes les peines sont oubliées.

D'autres fois, Roger propose un pèlerinage à la « Vierge des Tourailles ». C'est une petite église à 12 km de Flers, où viennent prier les gens de la région. Tôt le matin, on quitte l'école. Sur la route, c'est le silence, ou la prière personnelle, la lecture de l'Évangile et la récitation du chapelet. Enfin voici l'église. Tous vont se recueillir quelques instants devant la Vierge. Puis on se retrouve pour manger dans la prairie proche. Et c'est le retour où éclatent la joie et les chants :

« Route fière..., de lumière

Route des Forts. »

Ainsi Roger se dépense : « Le plus grand amour, c'est de donner Jésus aux autres », écrit-il dans son carnet.

 

24) La messe,  centre de la journée.

À l'époque de Roger la réforme de la liturgie n'avait pas encore eu lieu. Le prêtre disait la messe dos aux fidèles qui participaient très peu en dehors de quelques réponses, souvent en latin. Les jeunes s'y ennuyaient souvent. Roger, avec l'aide des prêtres du séminaire, entreprit de faire comprendre aux jeunes le sens de la messe et son importance dans leur vie.

Lui qui était passionné de liturgie, il entraînait ses élèves et militants à faire de leur journée une messe continuelle. Dessins et découpages rappelaient sans cesse les rites de la messe.

Il institua chez les cadets la fonction de servant. D'accord avec un prêtre du séminaire, le candidat pour être reçu, devait répondre la messe un certain nombre de fois seul et sans faute.

À la messe, il conduisait ses jeunes le plus près possible de l'autel, contrairement aux habitudes d'alors. En tant que président, il interprétait les besoins spéciaux des enfants, détaillait leurs intentions de prières et évoquait les sentiments qu'ils devaient avoir.

Pendant la messe, il provoquait leur action personnelle par de nombreuses réponses collectives, par des cantiques, des acclamations, des prières en silence... À tour de rôle, les enfants lisaient certains passages de la messe.

C'est ainsi qu'il employait les méthodes actives dans la formation spirituelle. Il en avait d'ailleurs soigneusement étudié les mécanismes comme en témoignent les nombreuses fiches qu'il a laissées. Il tendait par-dessus tout à « créer l'atmosphère », sachant que l'imprégnation inconsciente d'un esprit est plus efficace que de nombreux sermons.

 

Frère Albéric (Roger) à l'école de Flers

 

25) Pédagogie adaptée aux jeunes.

Un frère a rapporté les moyens dont se servait Roger pour rendre son zèle vivant et efficace.

« Il avait toutes sortes d'industries pour concrétiser l'idée qu'il voulait faire passer : le tableau d'équipe à la J.E.C. affichait images, dessins, schémas, graphiques, slogans, tous plus suggestifs les uns que les autres. Voici quelques-unes de ses devises : « Mon pupitre est une table d'autel », « Le cadet est un frère du Christ », « Vierge Marie, gardez-moi un cœur d'enfant pur et transparent comme une source. »

« Les images et photos-réclames étaient adroitement sollicitées pour donner un sens moral; elles parlaient alors d'une façon inattendue, piquante et provoquaient le réflexion : ainsi cette voiture profilée conduisait aux cimes de la vertu ; cette forêt profonde invitait à la droiture du grand sapin ; ce lac figurait l'état de grâce ; ce pilote de navire invitait à l'effort audacieux... »

L'image jouait un grand rôle dans l'apostolat de Roger. Il était en avance sur son temps quand on sait l'importance accordée à l'image aujourd'hui dans toute communication. Il choisissait surtout celles qui exaltaient l'effort, la lutte, la joie, la jeunesse et qui étaient dans la ligne de sa nature, toute d'élan et de spontanéité.

 

26) Organisateur de camps de jeunes

Pour le camp des grandes vacances de 1943, organisé par Roger, voici ce qu'en écrivait l'aumônier : « Nous avons travaillé ensemble une dizaine de jours pour préparer le camp et ne rien laisser au hasard. Je ne me rappelle pas avoir mieux travaillé en équipe. En souvenir, il me remit une image peinte par lui, que j'ai toujours : preuve de sa délicatesse, de son art et de son goût. Il s'inspira de la liturgie du samedi-saint pour organiser la veillée nocturne qui clôtura les journées de chefs d'équipes. »

Une fois le programme du camp établi, Roger en marqua les détails par écrit dans un cahier. On reste ébahi de la somme de travail qu'exigeait cette mise au point. Tout y était prévu jour par jour : les jeux, les activités, les veillées, les services, les réunions, les promenades, les concours, les méditations, les techniques, les histoires, les messages chiffrés, etc.

Après le camp, Roger en fait un bilan écrit. Il note par exemple : « Telle promenade a été remplacée par une corvée de ravitaillement, car nous n'avions plus de pain... On n'a pas exécuté le programme de la 3e journée à cause du déménagement : le transport du matériel a tenu lieu d'activité de vaillance... Telle réunion de groupe a été sympathique ; mais elle a été la seule ; le temps manqua pour faire les autres... Le programme d'une autre journée ne fut pas exécuté à cause de la fatigue des jours précédents... »

Puis Roger note soigneusement ses erreurs pour l'amélioration du camp suivant et son organisation. « Le camp a été trop long et a engendré la fatigue... Les garçons étaient trop nombreux : on ne les a pas en main... Les responsables n'étaient pas assez formés... Le programme était trop chargé et trop sérieux pour des enfants... Les feux de camps ont été trop multipliés ; il en est résulté un défaut de sommeil... »

Roger pourrait aujourd'hui donner bien des leçons à tous les animateurs de camps : l'organisation méticuleuse dans les moindres détails, un programme riche et varié d'activités pour occuper pleinement les participants, l'établissement d'un bilan lucide, précis et les conclusions à tirer pour améliorer les suivants.