Sr Lise! Souviens-toi... Prie!

01/05/2015 21:26

Nous sommes à la veille de la célébration des funérailles de Sœur Lise au Québec. Elle y sera entourée de sa famille des Sœurs du Bon-Pasteur, de la famille Bourgoin et de nombreux amis.

Ce soir ce sont ses amis d’Haïti qui viennent lui rendre hommage, lui dire merci, et surtout dire merci au Seigneur pour les belles pages qu’elle y a écrites et illustrées.

Il faudrait donner la parole à tant de témoins. Je ne suis que l’un d’eux.

Dire Sœur Lise, c’est dire Delmas, cet espace où nous nous retrouvons ce soir. Depuis les modestes commencements en 1973 jusqu’à la veille du tremblement de terre de janvier 2010, comment évoquer cette longue tranche d’histoire sans souligner la présence forte de Sœur Lise ?

La femme compétente

Le Secrétariat n’a pas de secret pour elle. Que de livres préparés avec soin, textes et schémas (dont plusieurs toujours en utilisation) ! Que d’examens tapés, relus et imprimés ! Que de soin mis à lire - à déchiffrer même ! - les notes manuscrites, des Frères Hubert, Joseph Bergot ou Albert David ! Que de notes relevées, enregistrées, compilées avant d’être remises au Directeur ou aux titulaires ! Que de temps passé au bureau pour tenir la place de l’Économe lorsqu’il était lui-même en salle de cours !

Et pour être toujours plus performante, Sœur Lise s’est initiée aux nouvelles techniques et technologies ici même aux côtés des Frères Joseph Bergot et Dominique Baron, et d’autres spécialistes de la place !

Arrivée en Haïti en 1973, elle a assisté au lancement de ce campus de Delmas : dès le début, et sans jamais baisser la garde, elle a laissé son empreinte de femme compétente et dévouée. Les six directeurs généraux de Delmas depuis 1973 et tous leurs collègues et collaborateurs sont unanimes à ce sujet.

Sœur Lise, merci !

La femme compatissante

Si elle a quitté son Québec natal, ce n’est pas seulement à titre de fonctionnaire d’une Institution. C’est qu’elle avait un cœur, un grand cœur. Les premiers voisins et voisines de Delmas, alors zone peu habitée et bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui, ont bénéficié de l’attention et de la solidarité de Sœur Lise et de sa communauté. Au fur et à mesure que se développait l’œuvre des Sœurs du Bon Pasteur dans la Grande Anse, la communauté de Delmas accueillait les nombreuses Sœurs en transit pour le Canada ou pour Jérémie. Que de voyages au wharf de Jérémie pour le transport des colis, des provisions et de toutes sortes de matériel nécessaires à La Thibolière, à Prévilé, à Corail, à Roseaux … ! Sœur Lise communiait activement à la mission de sa communauté et ne craignait pas de mettre la main à la pâte. Elle y associait le Secrétariat de Saint-Louis en expédiant, par exemple, comme feuilles de brouillon les textes d’examen ou les retailles récupérées sur les feuilles des élèves. Sœur Lise avait un très grand sens de l’économie et du partage.

Noble fille de Marie Fitzbach, elle est restée proche de la souffrance d’autrui, en particulier de tout le personnel de l’Institution. Que d’attentions et d’initiatives pour soulager la misère ! Monsieur Wilner, par exemple, pourrait témoigner de toute la reconnaissance qu’il voue à Sœur Lise.

Mais elle-même a aussi connu de grandes souffrances sur lesquelles elle est toujours restée discrète. Souffrance offerte. Souffrance pascale. Souffrance qui lui a fait achever sa mission au Québec et non en Haïti…

Sœur Lise, merci !

La femme consacrée

Servante du Cœur Immaculé de Marie, Sœur Lise n’a jamais remis en balance son choix du Christ. Toute sa vie lui était réservée. On comprendrait bien mal son service compétent à Saint-Louis, son souci de la mission de sa communauté en Haïti, son portement de croix si on ne remontait pas jusqu’à la source : la rencontre fidèle de son Seigneur dans la prière du matin, du midi et du soir avec ses sœurs. Une Sœur du Bon Pasteur ne peut rayonner le Bon Pasteur que si elle l’a adoré, contemplé, nourrie de sa parole et de ses exemples. Telle a été Sœur Lise : femme de prière, femme de communauté. Il lui sera parfois beaucoup demandé quand il faudra concilier les contraintes professionnelles liées à sa présence à Saint-Louis et les requêtes de sa communauté pour assurer l’économat des Sœurs d’Haïti ou l’accompagnement de jeunes religieuses. Mais le oui de Sœur Lise ne flanchera jamais.

Il est difficile de passer sous silence l’amour de la belle liturgie qui habitait Sœur Lise. Ce qu’il faut surtout remarquer, c’est qu’elle-même contribuait à cette beauté. Cette chapelle qui nous réunit en sa mémoire pourrait nous raconter les heures qu’elle y a passées (seule ou avec des associés) pour préparer les crèches de Noël, l’arrangement floral des grandes célébrations (veillée pascale – 2 février – sacrements de communion et confirmation - …). Les nombreux bienfaiteurs ne pouvaient qu’apprécier le goût de l’artiste qui avait si bien intégré leur offrande dans un chœur qui respirait la beauté de Dieu. Les chorales, quant à elles, pouvaient et peuvent toujours chanter ici pour la gloire de Dieu et le bonheur de l’homme ! De Frère Jean-Gabriel dès les années 70 à Frère Dominique dans les années 2000, avec qui elle coopérait dans un dévouement total, la tradition des belles célébrations de la chapelle Notre-Dame de la Présentation a dépassé bien vite les murs de ce campus.

Sœur Lise, merci !

La femme-mennaisienne

Sœur Lise est de la famille des Frères de l’Instruction Chrétienne, - elle est mennaisienne, comme l’on dit aujourd’hui. Elle a travaillé pour et avec les Frères – c’est pour cela qu’elle a fait partie de la première équipe des Sœurs de Delmas, obtenue par Frère Anatole en 1973 -, Sœurs Marguerite et Flavia. Elle a partagé la vision des Frères : depuis son secrétariat, elle savait qu’elle contribuait à « faire connaître et aimer Jésus-Christ », selon les paroles de Jean-Marie de la Mennais.

Sans rien enlever à son appartenance à la communauté des Sœurs du Bon Pasteur, elle a fini par avoir une bonne connaissance de tous les Frères de l’Institution, et de plus en plus, de la Province d’Haïti, à tel point que même le Frère Provincial pouvait solliciter ses services. Elle s’est fait de grandes amitiés parmi nous, les Frères : elle a partagé nos joies et nos espoirs. Avec toutes les sœurs de sa congrégation présentes en Haïti, elle a accueilli le saint pape Jean-Paul II à la nonciature le 9 mars 1983, aux côtés des Frères Joseph Bergot, Serge et Ephrem.

Arrivée dans une Province FIC comptant moins de 8 Frères Haïtiens, elle s’est réjouie de voir la présence majoritaire de fils du pays dans la grande communauté FIC d’Haïti. Elle est même devenue une confidente sûre pour la pastorale des vocations, chez nous comme dans sa propre communauté et dans notre Église d’Haïti.

Sœur Lise, merci !

Envoi

Au terme de ces quelques flashes sur la personnalité de celle qui vient de quitter cette terre à l’âge de 72 ans, nous ne pouvons que nous recueillir dans le silence, nous réjouir dans l’action de grâce et repartir dans l’espérance.

Sœur Lise,

Que le Seigneur soit béni et loué pour ta réponse généreuse à son appel !

Que le Seigneur soit célébré, lui que tu as imité dans son passage par la croix de la mort à la vie !

Que le Seigneur t’accueille dans son intimité, augmentant le nombre d’intercesseurs qui touchent son cœur, afin que se multiplient sur notre terre d’Haïti et sur ta terre du Canada des apôtres, comme toi, compétents, compatissants, consacrés et fraternels !

Nous allons prier pour toi et avec toi. Notre communion commencée ici-bas a désormais couleur et saveur d’éternité.

 

1er mai 2015

Frère Joseph Bellanger