Frère ÉRIC - MARIE  ( Fritz PROSPER )

FRÈRE  ÉRIC  MARIE  ( FRITZ  PROSPER )

SA  VIE  ET  SON  TRAVAIL

Le Frère Éric est né à Jacmel le 18 mai 1903. « Ce siècle avait trois ans », aimait-il à dire en imitant Victor Hugo. Toute sa vie, il resta attaché à la capitale du Sud-Est et il aimait évoquer les gloires du passé qui firent l'honneur et le renom de cette fière cité : tel « Mérisier Jeannis qui se réfugia dans les bois de Lafond ». Il fit toute sa scolarité primaire à l'école « Frère Clément » de Jacmel, puis comme l'école, à cette époque, avait un Cours Supérieur, il continua et obtint son Brevet en 1922.

Son désir de suivre le Christ de plus près se concrétisa alors et il fit sa demande pour entrer chez les Frères de l'Instruction Chrétienne. Le Frère Archange, Directeur Principal à cette époque, l'intégra à la communauté de notre école Jean-Marie Guilloux qui allait bientôt s'installer tout près de la cathédrale, afin qu'il puisse se familiariser avec la vie en fraternité et la fonction d'enseignant.

Il a raconté souvent le déménagement de 1924 auquel lui-même participa. Notre première école en Haïti fonctionnait alors à l'emplacement de la Téléco, ( dont le bâtiment a été détruit lors du séisme ) dans un local vétuste et en ruines, baptisé « le théâtre ». Elle déménagea et se transporta à côté de la cathédrale, sur l'emplacement d'une ancienne loge maçonnique.

Durant ses deux années de probation, tout en faisant un peu de classe, il suivait les cours de la nouvelle École Normale, que les Frères venaient d'ouvrir à Saint-Louis de Gonzague et y décrocha son C.A.P. en 1924. Puis il partit pour l'Europe en vue de continuer sa formation, dans l'île de Jersey.

Il revient en Haïti en 1927 et commence son long et fructueux apostolat, au service de la jeunesse de son pays. Il débute aux Cayes, à l'école « Frère Odile-Joseph », dans la classe du Certificat, puis au Cours Supérieur. Puis il traverse la presqu'île et va militer à l'école « Frère Paulin » de Jérémie. Comme il l'expliquait lui-même, il y passa en tout 21 ans (une première fois, 12 ans, de 1930 à 1942, puis 9 ans encore, de 1951 à 1960). Il y devint le maître attitré du Cours Supérieur. Entre-temps il revint au Cours Supérieur des Cayes de 1942 à 1946 et fit même un petit séjour d'un an aux Gonaïves et de 4 ans à Saint-Louis de Gonzague.

21 ans à Jérémie et 7 ans aux Cayes, le Frère Éric admirait et aimait le Sud, mais sa préférence allait à la « Cité des Poètes » et grande fut sa joie quand en 1977, il put participer aux fêtes qui célébrèrent le centenaire de l'école « Frère Paulin ».

Après le deuxième séjour à Jérémie, il est nommé Directeur à Grande-Rivière du Nord où il passe 6 ans - de 1960 à 1966 - puis il va comme Directeur à Port-de-Paix de 1966 à 1969. Fatigué, il se rapproche de la capitale et cède la Direction à des plus jeunes. Pendant 6 ans, il enseignera encore au Cours Moyen à Pétionville et à Petit-Goâve. Il prend sa retraite en 1976, à Saint-Louis de Delmas, et c'est de là qu'il gagnera l'infirmerie de la rue du Centre.

L'HOMME, LE RELIGIEUX

Le Frère Éric était un homme de belle taille, d'une mise toujours soignée et qui en imposait même à ses « grands » du Cours Supérieur. Pédagogue excellent et professeur dévoué, il a laissé un souvenir inoubliable parmi ses anciens élèves surtout ceux du Sud et de la Grand-Anse. Il aimait retrouver ses « anciens » et les connaissances qu'il s'était faites tant à la capitale qu'en province.

Dans cette affection, sa famille figurait à la première place. Il resta toujours très attaché à ses frères et belles-soeurs et à ses nombreux et nièces. Tous adoraient leur « tonton Fritz » tellement bien que, même parmi les Frères, nous l'appelions, entre nous, bien familièrement : « tonton Fritz ».

Homme droit, sincère, d'une grande politesse et délicatesse. À l'infirmerie, l'un des derniers mots qu'il réussissait à prononcer d'une manière audible était « merci ». C'était un confrère charmant en communauté, acceptant la taquinerie et ne se faisant pas trop prier pour agrémenter d'une chanson haïtienne ou d'un petit air d'harmonica, nos réunions fraternelles.

Le Frère Éric était aussi un homme de foi profonde, un homme de Dieu. Son action apostolique s'en ressentait et son influence sur ses jeunes disciples s'est manifestée par l'éclosion de nombreuses vocations sur son passage. Il compte deux évêques parmi ses anciens : Mgr Ligondé et Mgr Décoste. Quant aux prêtres, le R. P. Habis, notre aumônier au Juvénat et ancien du Frère Éric à Jérémie, s'est souvent emmêlé en voulant en faire le total !