Pionniers 2014

F. Auguste-Alfred (Joseph BRASSARD) – 25 mai 1881-2 août 1915

Il fait partie du premier groupe de Frères canadiens arrivés en Haïti le 27 novembre 1903. A son arrivée, il fut placé à Saint-Louis-de-Gonzague où il passa ses cinq premières années puis il fut envoyé à Port-de-Paix et à Saint-Marc avant de revenir à Saint-Louis en 1912.

Né dans une famille très chrétienne, trois de ses sœurs se firent religieuses et son père était fier d’avoir donné quatre de ses enfants au Seigneur ; le jeune Joseph avait une foi bien trempée, qu’il manifesta tout spécialement dans sa dernière maladie.

Au moment où les premiers Frères Canadiens arrivent, la vie n’est pas facile dans la Province. Les troubles politiques sont fréquents et le gouvernement verse les salaires au compte-goutte (trois ou quatre mois d’appointement, quand ce n’est pas deux au lieu des 12 prévus (cf. Echo des Missions, no 67, mai 1925, p. 354)

A cause de cette situation, les Frères vivent dans une vraie pauvreté, quand ce n’est pas dans la misère, mais sont fidèles à leur tâche d’enseignement dans lequel la catéchèse et la préparation aux sacrements, - en particulier la première communion et la Confirmation - ont la première place.

Frère Auguste était un homme de forte constitution que ses confrères appréciaient car il était plein de bonne humeur et avait la répartie vive. Dans ses derniers moments, il dissimulera ainsi son véritable état au point que ses confrères croiront à une indisposition passagère et bénigne, mais il demanda le prêtre et exprima le désir de communier en viatique. Son état parut alors s’améliorer mais s’aggrava le 31 juillet, et le 2 août, il rendit son âme à Dieu.

Premier Frère canadien mort en Haïti, Frère Auguste n’a pas ménagé ses forces pendant les 12 années qu’il y a travaillé. Il s’est donné avec enthousiasme. Ne pouvant se nourrir convenablement à cause des circonstances, sa robuste constitution n’a pas résisté aux privations.

 

F. Berchmans-Joseph (Raoul LANGLOIS) – 5 novembre 1886-29 septembre 1961

Né à Saint-Colomban, Québec, Raoul est l’aîné d’une famille de 6 enfants. Son enfance est marquée par le dur travail de ses parents qui luttent pour tirer leur subsistance d’une terre caillouteuse. Il s’y est initié aux travaux des champs et a appris à ne pas se ménager.

Cependant ses parents connaissent la nécessité d’une bonne instruction. Il doit parcourir 5 km matin et soir, hiver et printemps, donc dans la neige, pour atteindre l’école la plus proche. C’était beaucoup ! Aussi ses parents le confient-ils à ses grands-parents. Il va d’abord chez les Frères de la Salle, puis un an plus tard, à Sainte-Scholastique, chez les Frères de l’Instruction chrétienne.

Là, le Frère Joas lui dit qu’il ferait un bon petit Frère, mais le jeune Raoul préfère rentrer chez lui et aider ses parents aux travaux des champs. Cependant, plus tard, il repense à ces paroles et entre au Noviciat le 24 octobre 1903 et reçoit le nom de Frère Berchmans.

Il enseigne d’abord dans plusieurs écoles du Canada. C’est en septembre 1926, après avoir longtemps sollicité son envoi en mission, qu’il arrive en Haïti. Il a 40 ans. Il débute à Moron avec 80 élèves qu’il installe tant bien que mal dans une mauvaise bicoque que l’eau envahit lors des grandes pluies. Puis c’est Saint-Louis de Gonzague comme sous économe, Petit-Goâve où il dirige l’école mais l’insalubrité oblige à le retirer car sa santé a été éprouvée, La Vallée, Cap-Haïtien, Arcahaie, Saint-Marc, Port-de Paix. Partout, Frère Berchmans est apprécié pour son savoir faire et sa serviabilité.

Très habile manuellement il est toujours occupé. Attentif aux enfants, à Moron déjà, il avait mis des pierres sous les pieds des enfants pour qu’ils n’aient pas les pieds dans l’eau. Sous-économe de Saint-Louis, il se préoccupe des petits domestiques qui servent les Frères, améliore leur sort et les fait envoyer à l’école Jean-Marie Guilloux. A La Vallée, chargé de l’atelier, il initie les jeunes à la menuiserie et plusieurs, devenus adultes, ont pu, grâce à lui, meubler leur maison. Durant les vacances, il se transforme en jardinier et aménage peu à peu le jardin en terrasses avec les pierres ramassées sur le terrain.

Mais, si ce fut un rude travailleur, ce n’est pas par cela qu’il a marqué. Il était pour tous le « bon Frère Berchmans » à l’inaltérable charité, à la bonté inépuisable, toujours prêt à rendre service et, nous l’avons vu, attentif aux plus petits. Il ne voulait voir en chacun que ses qualités et fermait les yeux sur les défauts. Il accueillait chacun avec affection.

Ses dernières années, à Port-de Paix, il luttait contre un mal sournois qui le minait. En septembre 1961, épuisé, victime d’hémorragies, il rentre à Port-au-Prince et est hospitalisé. Il meurt le 29 septembre, à l’Asile Français. Si à Port-au-Prince ses funérailles furent simples à cause des vacances, à Port-de-Paix, sa mort plongea la ville dans la consternation. On pleurait le « bon frère Berchmans ». Un service solennel, présidé par Mgr Guiot, évêque de Port-de-Paix, et auquel participa une nombreuse assistance, fut célébré dans la cathédrale.

 

F. Dorothée (Thomas SAUVAGEAU) – 12 mars 1894-22 juillet 1981

Né à Saint-Thuribe, Québec, Thomas est né dans une famille typiquement québécoise : nombreuse, profondément chrétienne (plusieurs de ses frères et sœurs entreront en religion), travailleuse et dure à la tâche.

Entré au Noviciat, il devient le Frère Dorothée et enseigne quelques années dans son pays natal avant d’arriver en Haïti en 1914. Il a 20 ans. Au cours de ses 67 années en Haïti, il sillonnera tout le pays assumant de nombreuses directions et marquant profondément les jeunes partout où il passe.

Supérieur, Frère Dorothée était attentif à ses confrères qui lui reconnaissaient une grande bonté. Il a profondément marqué ceux qui ont vécu avec lui.

Frère Dorothée était un homme humble et discret, voir secret. Il ne se prévalait pas de sa culture. Passionné de la nature, il s’intéressa beaucoup aux papillons d’Haïti passant parfois une part de ses nuits à les récolter. La science lui doit d’avoir sérieusement contribué à recenser les espèces locales.

Doté d’une forte constitution, dur et exigeant pour lui-même, Frère Dorothée ne se ménageait pas. Il ne craignait pas l’effort et ne se plaignait pas. En témoigne sa dernière chute. Bien qu’ayant le col du fémur brisé, il se releva et tenta de marcher, mais il dut se rendre à l’évidence. Vaincu par la douleur, il se laissa conduire à l’infirmerie.

Frère Dorothée était un homme de prière. Ses dernières années, son service à la Procure achevé, souvent, il se rendait directement à la chapelle pour la visite au Saint-Sacrement, priant debout devant la porte en attendant que quelqu’un vienne ouvrir, et ceci malgré ses 85 ans passés.

Les notes du Frère Dorothée montrent son grand souci d’éducation et sa profondeur spirituelle. En voici quelques extraits :

« Il n’est pas de plus grave dommage que l’on puisse causer à l’enfant que de l’habituer à considérer les vertus du christianisme comme des choses qui se disent et ne se font pas. »

« L’esprit de vengeance l’emporte souvent de beaucoup chez l’enfant sur le souci de justice et de pardon. Prendre soin de lui expliquer que pardonner, c’est être fort, assez grand, assez homme pour commander à ses mains et à ses pieds… »

« L’enfant est toutes possibilités, en bien comme en mal. Mieux vaut l’aider à développer les premières que de s’acharner à réprimer les secondes. »

« Ne jugez personne, mais n’imitez pas tout le monde. »

Et cette citation si en accord avec les appels de l’Église d’aujourd’hui :

« Toute notre existence, tout notre être doit crier l’évangile sur les toits, toute notre personne doit respirer Jésus. Tous nos actes, toute notre vie doit crier que nous sommes à Jésus, doit présenter l’image de la vie évangélique… Si important que nous nous figurons être, le monde a moins besoin de nous que de Dieu en nous, d’où l’urgence de devenir Christ, c’est-à-dire lieu saint de sa présence rayonnante et de sa parole lumineuse… »

 

F. Élisée (Emilio Torivio DIAZ HIGARÈS) – 19 avril 1851-1er mai 1879

Premier Espagnol venu en Haïti, le Frère Elisée apparaît comme un précurseur. Non seulement il est le premier Frère espagnol venu en Haïti, mais aussi le premier frère espagnol entré dans la congrégation. En effet, au moment où il entre au noviciat de Lavacan, dans le sud de la France, le 19 juillet 1877, les frères n’avaient pas encore ouvert de maison en Espagne.

Né à Madrid, Emilio Torivio participa au mouvement carliste* du nord de l’Espagne. En 1872, il fut blessé dans les combats qui opposaient les carlistes aux troupes du pouvoir en place à Madrid. Atteint par trois balles au genou et à la cuisse gauche, au point de rester boiteux et de ne plus pouvoir s’agenouiller, il fut promu capitaine sur le champ de bataille. Après le traité d’Amorebieta, qui accordait aux rebelles (les carlistes) leur pardon plénier, il révéla à ses parents, dont il était l’unique enfant, le vœu qu’il avait fait d’embrasser la vie religieuse, sitôt qu’il aurait recouvré la santé et la liberté.

Ses parents, quoique déçus dans leurs espoirs mais de foi profonde, respectèrent l’engagement d’Emilio. Et c’est sur la recommandation de l’Archevêque de Tolède qu’il est entré au noviciat de Lavacan où il a pris le nom d’Élisée de l’Enfant Jésus.

Le 10 avril 1879, il arrive à Port-au-Prince, 21 jours plus tard il était emporté par la fièvre jaune accomplissant le don qu’il avait fait de sa vie au Seigneur en entrant au noviciat moins de 2 ans plus tôt.

* Le carlisme est un courant traditionaliste, attaché à la défense de la religion catholique et au maintien des fors (fueros), les anciens privilèges juridiques locaux. Il s'oppose aux cercles politiques plus libéraux et centralistes, dominants dans l'entourage des monarques.

Tout au long des trois conflits qui en résultent, malgré quelques succès militaires, les troupes carlistes ne réussissent pas à prendre le pouvoir à Madrid, qui reste aux mains de la fille aînée de Ferdinand VII, devenue Isabelle II (de 1833 à 1868), puis de son fils Alphonse XII (de 1874 à 1885), et enfin du fils de ce dernier, Alphonse XIII (de 1886 à 1931).

 

F. Arturo José (Adrian SANTOS) – 5 mars 1903-17 juin 1981

Frère Arturo arrive en Haïti le 23 février 1921 en même temps que le Frère Alfonso Maria qui en 1941 ira en Argentine. Ils sont les deux premiers frères Espagnols à être venus après l’ouverture des premières écoles d’Espagne en 1903.

Né dans un petit village du nord-ouest de l’Espagne, Perazancas de Ojeda dans la province de Palencia, Adrian rentre au noviciat en 1918. Ayant opté pour Haïti, il a dû rejoindre, comme le feront les Frères Espagnols destinés à Haïti, les scolastiques français qui étaient encore à Bitterne (Angleterre) pour s’initier au français. C’est en même temps que deux d’entre eux qu’il arrive à Port-au-Prince, le 23 février 1921.

Frère Arturo a surtout enseigné dans les petites classes ce qui ne l’a pas empêché d’assurer des directions. Son premier poste a été Port-de-Paix, puis il a été envoyé aux Gonaïves, à Camp-Perrin, à Moron, à Petit-Goâve, au Limbé, au Cap-Haïtien qu’il a fréquenté à deux reprises (1951-1957 et 1976-1981). C’est au Cap qu’il a passé ses dernières années, s’occupant en particulier de l’imprimerie. Il avait en effet remis le dernier examen dans la soirée du 17 juin 1981 et c’est dans la nuit qu’il s’est senti mal, toussant énormément alors qu’il n’était pas enrhumé… Il pensait faire une crise d’asthme. Avant que le médecin n’arrive, Frère Arturo était décédé. La communauté devait fêter ses 60 ans de présence en Haïti ce jour-là, elle a vécu son passage vers l’éternité.

Frère Arturo était un homme calme, simple, discret, toujours souriant. Les annales du Cap nous disent qu’il est mort « tout doucement, sans bruit comme il avait vécu ». Frère Arturo avait offert sa vie dès son adolescence; il avait quitté son pays, sa langue maternelle, pour se donner tout entier à Haïti. Il repose dans le cimetière des Prêtres au Cap-Haïtien.