13 mai 1864

ARRIVÉE DES FRERES

        Le 13 mai 1864, dans la soirée, 4 Frères de Ploërmel, les Frères Athénodore, supérieur, Clément, Corentin et Hyacinthe débarquaient à Port-au-Prince, après un voyage de 26 jours.

        Le 17 avril, ils avaient quitté Paris pour Liverpool, en compagnie de l’abbé Alexis Jean-Marie Guilloux, aumônier de leur Maison-Mère et supérieur du collège Saint-Stanislas de Ploërmel, de l’abbé Ribault, professeur à ce même collège et de deux missionnaires italiens. Ils prirent passage sur le vapeur l’Ascalon. Le 20, ils faisaient route vers les Antilles. Ils essuyèrent dès les premiers jours de leur longue traversée, une forte et dangereuse tempête. Vint l’accalmie et l’Ascalon roula tranquille à travers l’Atlantique.

      Les Frères s’étaient depuis 25 ans implantés dans les Petites Antilles à la Guadeloupe, à la Martinique, puis au Sénégal et enfin à Tahiti en 1860, l’année même de la mort de leur Fondateur.

 

LES ORIGINES DE LA MISSION D’HAITI

       A l’origine de cette nouvelle fondation missionnaire, il faut poser un évènement d’importance : la signature du Concordat entre Rome et le Gouvernement  haïtien, le 28 mars 1860 et dont le projet remontait à 1842. "Cette conclusion, a écrit le Rvd P. Cabon, était d’importance majeure pour la République d’Haïti : elle ouvrait une ère nouvelle pour son Église catholique, après les désordres, les abus de toutes sortes, elle allait permettre la régularité sans laquelle tout établissement péréclite et tombe."

      Voici le préambule de cette Convention entre le Souverain Pontife Pie IX et son Excellence Fabre Geffrard, Président d’Haïti : "Désirant organiser et régler convenablement l’exercice de la religion catholique, ont choisi pour Ministres plénipotentiaires : S.S. le Souverain Pontife Pie IX : le Cardinal Jacques Antonelli, Secrétaire d’État, etc. Son Excellence le Président d’Haïti, Fabre Geffrard : M. Pierre Faubert, aide-de-camp et secrétaire du Président d’Haïti et Jn Pierre Boyer, ancien ministre du Gouvernement haïtien près du Gouvernement français. Lesquels plénipotentiaires, après l’échange de leurs pleins pouvoirs respectifs, ont arrêté la convention suivante : (…) " Suivent les 18 articles du Concordat.

     Sans retard, la cour de Rome chargea Mgr Bonetti de pourvoir à l’exécution de cette importante convention. Il se rendit donc en Haïti et y passa quelques mois. Il s’entendit avec le Gouvernement haïtien sur le nombre de sièges épiscopaux à établir dans le pays : cinq sièges dont un archevêché.

       On citait parmi les candidats les plus en vue à l’archevêché de Port-au-Prince, M. l’abbé Testard du Cosquer, du diocèse de Quimper, en France. Né en 1820 à Lesneven, il était alors curé de la paroisse du Carmel à Brest. Précédemment, il avait passé un an à la Guadeloupe comme Vicaire général de Mgr Lacarrière, puis avait été nommé professeur d’Écriture Sainte au Grand Séminaire de Quimper.

        Il fut appelé à Rome et chargé, après Mgr Bonetti, d’aller voir la situation ecclésiastique en Haïti. L’abbé du Cosquer avait du prestige, il parlait bien. Son éloquence lui valut un beau compliment de Frédéric Marcelin : "Les jours où il parlait à la cathédrale, on accourait comme à un spectacle."

        L’abbé du Cosquer accomplit sa mission avec succès, de février à octobre1862. Le Président Geffrard, plein d’admiration pour le délégué apostolique et devant proposer un nom pour l’archevêché de Port-au-Prince, selon les prérogatives que lui accordait le Concordat, fit choix, comme on le devine, de l’abbé du Cosquer (7 septembre 1863).

       Dès son retour à Rome, l’abbé du Cosquer fut préconisé le 1er octobre et sacré le 18.

 

Mgr DU COSQUER À PARIS ET À PLOËRMEL

     A la fin de janvier 1864, le premier archevêque de Port-au-Prince arrive à Paris. Il est reçu par les Pères du Saint-Esprit, au séminaire des colonies. De là il parcourt la France, visite les séminaires dans le but de découvrir des ecclésiastiques disposés à devenir ses collaborateurs en Haïti. A la fin de mars de la même année, le voici à la Maison-Mère des Frères de Ploërmel. Le lendemain, Jeudi-Saint, il célèbre pour la communauté la messe pontificale.

       Il s’entretint avec frère Cyprien, deuxième Supérieur général de la Congrégation et les membres de son conseil. Il sut exposer avec tant de chaleur et de conviction les besoins d’Haïti, que les supérieurs majeurs n’hésitent pas à se rendre à son appel : il aurait, sans plus tarder, 4 frères pour ouvrir une première école à Port-au-Prince. On avait ensuite à pourvoir d’autres villes.

       Mais Mgr du Cosquer n’avait pas gagné Ploërmel dans l’unique but d’obtenir des Frères. Il connaissait de réputation l’abbé Alexis Guilloux, un ploërmelais. Celui-ci avait été ordonné prêtre le 11 mars 1843. Le Père de La Mennais fit aussitôt des démarches auprès de l’évêque de Vannes, Mgr de la Motte, pour obtenir de confier au jeune prêtre la formation à la vie religieuse des aspirants de sa Congrégation. Cela faisait plus de 20 ans. L’Archevêque de Port-au-Prince avait jugé que l’abbé Guilloux lui ferait un bon Vicaire général. Il lui en parla et le sollicita d’accepter. L’aumônier y vit le dessein de la Providence. Il donna son adhésion. Il obtint sans difficulté l’autorisation de son évêque de partir pour la mission d’Haïti. Il fit alors ses préparatifs de voyage. Le jour où il quitta Ploërmel fut comme un jour de deuil pour la Maison-Mère.

   

BÉNÉDICTION DE L’ÉCOLE DES FRÈRES

 A leur arrivée à Port-au-Prince, les 4 Frères furent reçus à l’archevêché. Puis ils séjournèrent également à Pétionville, dans la maison des séminaristes. A la fin de juillet, ils prirent possession d’une maison que le Gouvernement haïtien mettait à leur disposition pour servir d’école. Ils la trouvèrent bien petite et peu fonctionnelle. Enfin!... Le local était situé non loin de l’angle de la rue pavée et de la rue du Réservoir. Avant d’ouvrir les classes, ils durent acquérir ou faire fabriquer le mobilier nécessaire. Ce qui retarda encore la rentrée.

La bénédiction de l’école eut enfin lieu le 3 octobre. Ce fut une grande fête. Elle réunit autour des 4 Frères, Mgr l’Archevêque et son Vicaire général ; M. le Ministre de l’Instruction Publique, le général Damier ; de hauts fonctionnaires de l’État, des membres du clergé ainsi que les tout premiers amis des Frères.

Après la bénédiction de la maison d`école par Mgr l’Archevêque, le F. Athénodore, Directeur principal, remercia sa Grandeur et parla longuement de l’éducation chrétienne des enfants. Voici un beau passage de son discours, dans lequel on peut encore voir un excellent programme : "Nous voulons avant tout que nos élèves soient des chrétiens solides  craignant et aimant Dieu, fidèles à ses préceptes et à ceux de la sainte Église, dépositaire de son autorité, mais nous voulons en même temps, nous voulons par là même qu’ils soient dans leur famille, remplis de vénération pour les auteurs de leurs jours; dans les relations de la vie, soumis à leurs supérieurs, affables envers les égaux, obligeants à l’égard de tous; nous voulons enfin qu’ardemment dévoués à leur patrie, pleins de respect pour ses lois et ses institutions, ils deviennent des citoyens généreux, disposés s’il le fallait, à verser leur sang pour elle."

"Dans une grande et généreuse réplique", écrit Mgr Guilloux dans "Le Concordat ses résultats", Mgr l’Archevêque répondit que l’avenir de l’Église repose et s’appuie sur l’éducation religieuse des jeunes. Sa Grandeur célèbre ensuite les succès obtenus par les Frères missionnaires tant au Sénégal qu’à la Guadeloupe et à la Martinique. Après quoi, elle recommanda vivement au Ministre la nouvelle école. Celui-ci répondit que la bienveillance du Gouvernement lui était d’ores et déjà acquise. Puis il déclara, au nom du Président de la République, que l’école nationale des Frères de l’Instruction Chrétienne était officiellement ouverte.

En quelques jours, le registre d’inscriptions se couvrit de plus de 300 noms. Hélas! Les Frères n’en purent recevoir que la moitié, l’exiguïté de leur établissement ne leur permettant que d’ouvrir trois classes de 50 élèves chacune.

L’école débuta à la satisfaction de tous, dans le travail et la discipline. Après deux mois et demi de classe, les élèves des Frères subirent, comme tous les élèves des écoles de Port-au-Prince, les examens officiels de fin d’année. Les membres de la commission centrale de l’Instruction Publique se déclarèrent surpris et même émerveillés par les résultats obtenus en si peu de temps par l’école des Frères.

M. le Vicaire général en eut autant de joie que les Frères. Ceux-ci le remercièrent pour son dévouement à leur école : il avait sa part dans ce succès, car, malgré une charge de plus en plus assujettissante, il assurait avec amour celle d’aumônier de l’école des Frères.

 

LES  4  PREMIERS  FRÈRES

Le Frère Athénodore, est âgé de 43 ans. Il était l'ancien directeur de l’important pensionnat de Morlaix et il s’était fait une réputation d’écrivain. C'était la première fois qu'il quittait la France. Il mourra à Ploërmel en 1890 à l'âge de 69 ans.

Le Frère Clément, âgé de 45 ans à son arrivée en Haïti, avait 25 ans d’apostolat aux Antilles Françaises (Guadeloupe et Martinique), de 1843 à 1854. C'était un mordu du dessin, et il fit les premiers plans de l’école qu’il rêvait pour Haïti. Il mourra à Ploërmel en 1893 à l'âge de 74 ans.

Le Frère Corentin, lui est âgé de 42 ans, et il avait enseigné 10 ans à la Martinique de 1845 à 1855. Il mourra en 1872 à Ploërmel à l'âge de 50 ans.

Le Frère Hyacinthe était né en 1848 et n'avait que 16 ans à son arrivée. C'était un jeune créole du Sénégal qui venait de passer quelques mois à Ploërmel pour commencer sa formation, qu'il devait continuer sous la direction de son supérieur de communauté, comme cela se faisait alors. Il quittera la Congrégation en 1869 après 5 années de communauté.