Requiescat in pace

4e anniversaire du séisme/Concert/Saint-Louis de Gonzague

Le Nouvelliste | Publié le : 15 janvier 2014

 

On n’oublie pas les vivants d’hier qui faisaient notre joie, notre bonheur ; ceux qui nous ont précédés sur la route du destin. Certains sont partis seuls, comme à l’ordinaire ; d’autres, en groupe, en masse, en foule comme dans cette catastrophe abominable et inoubliable du 12 janvier 2010.

En souvenir des milliers de morts (300 000) de ce triste événement, de cette tragédie qui a endeuillé notre nation, et toujours dans le cadre de la célébration des 150 ans de présence des F.I.C. en Haïti, la chorale des Institutions du Sacré-Cœur et Saint-Louis de Gonzague, sous la direction de Will Hodjson, a donné un concert émouvant intitulé «Méditation et réflexion». Les artistes Marline Gousse (soprano), Alzire Rocourt (mezzo-soprano) et Josué Alexis (pianiste) ont contribué à la beauté et à la réussite de ce devoir de mémoire.

Coiffés d’un prélude et bouclés par un postlude, les différents morceaux de cette manifestation répartis en trois sections étaient regroupés par thèmes : - six premiers chants agrégés par le premier vers du psaume 130 : «Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur»; - sept autres soudés autour de deux vers d’Alfred de Musset extraits de «La Nuit de Mai : «Les plus désespérés sont les chants les plus beaux / Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots»; - cinq chants finaux réunis à l’ombre du cinquième verset du psaume 130, «Je mets mon espoir dans le Seigneur, je suis sûr de sa parole», ouverture d’espérance rappelant que la vie doit triompher de la mort. Choisis pour la circonstance, les différents morceaux affichaient un caractère méditatif et mélancolique, favorisé par des mouvements lents et une dynamique variée, appropriée, alternant les nuances du «forte» au «piano».

Le concert commence par le prélude «Pie Jesu» de Gabriel Fauré, extrait de son «Requiem», il est chanté par la soprano Marline Gousse, soutenue par les commentaires et l’accompagnement de Josué Alexis au piano. Ce chant est lent et en majeur.

La première partie officielle du programme est lancée par la chorale SC/SLG qui entonne le «Va Pensiero» (extrait de Nabucco) de Giuseppe Verdi, très connu, composé pour protester contre l’occupation de l’Italie par l’Autriche (chœur des Hébreux opposés à Nabuchodonosor). Mesure ternaire. Majesté et solennité du morceau cadrant avec la vision mortuaire ou funèbre de la célébration. En majeur. En second lieu on écoute, toujours interprété par la chorale, le «Ave verum corpus» de Wolfgang Amadeus Mozart. Il y a des imitations au niveau des voix, en appels et réponses. Josué Alexis s’installe au keyboard (clavier électrique) pour avoir une sonorité d’orgue soutenant ce grand ensemble vocal et pour des commentaires intermittents entre les pauses du chœur.

4 h 53 ! Heure fatidique ! Heure H ! Sur injonction de Will Hodjson, l’assemblée se met debout et observe une minute de silence à la mémoire des nombreuses victimes du séisme ; elle est suivie de la prière de l'aumônier de Saint-Louis.

Suivent les interprétations de deux extraits du «Gloria» mis en musique par Antonio Vivaldi ; «Domine Deus, Rex celestis» avec les appréciables mélismes et vocalises de Marline Gousse, la mesure ternaire, le commentaire final de l’orgue ; «Domine Deus, Agnus Dei» rendu par Alzire Rocourt en compagnie de la chorale qui la soutient. La chanteuse appelle et le chœur répond : «Qui tollis peccata mundi…» La cantatrice s’illustre encore dans «Expectans» de l’oratorio de Noël, de Camille Saint-Saëns et l’excellent «Pieta Signore» de Alessandro Stradella, très pathétique. C’est la fin de la première partie et du premier thème.

Sans désemparer, on enchaîne avec le second thème, auréolé par Musset, et regroupant, nous le répétons, sept chants concordants : «Soupir» de Henri Duparc ; «Va, laisse couler mes larmes», extrait du Werther de Jules Massenet ; deux extraits du voyage d’hiver de Franz Schubert, «Gefrone Tranen» et «Die Nebensonnen» ; un extrait des kindertotenlieder de Gustav Mahler. Tous, chants bien rendus par la grande sensibilité d’Alzire Rocourt.

On respire un peu à la pause, on rencontre quelques copains. A la reprise, on a droit à une bonne surprise : le docteur Fresnel Larosilière, acteur, tennisman, poète et chansonnier à ses heures, nous fait goûter à une chanson très circonstanciée «Et la terre se déchaîne». Elle est bien conçue, paroles et musique ; elle est bien reçue et acclamée. Puis la chorale exécute «O Grosse lieb» de Jean Sébastien Bach, puis le beau et poignant «Were you there ?», superbe negro-spiritual.

Le troisième thème officiel regroupe, sous le signe de la vie, de l’espoir et de la confiance, cinq chants : «Wayfairing Stranger», un negro-spiritual arrangé par David Johnson où s’illustrent Alzire et la chorale ; «There is a balm» pour la soliste Marline Gousse et le chœur, œuvre de William Dawson dédiée à Clifford Lazarre, membre de la chorale assassiné le 5 décembre dernier ; «O Taste and see» de R. Vaughn Williams où brille encore Marline Gousse épaulée par la chorale ; «O Jésus douce allégresse» (extrait de la cantate 147 de Jean Sébastien Bach), où chaque phrase du chœur est ponctuée par une instrumentale du piano (Jésus que ma joie demeure, du même Bach) ; «Cantique de Jean Racine» mis en musique par Gabriel Fauré, morceau de bravoure et de nuances, à la portée de cette chorale habile SC/SLG.

Le postlude met en valeur Alzire Rocourt et la chorale dans «Onè Respè» de Serge Villedrouin, chanson lauréate d’un concours «American Airlines» dans les années qui suivent ce 7 février 1986. Nous avions découvert la cantatrice par cette œuvre, à l’époque.

La chorale et ses invités, l’invité-surprise Fresnel Larosilière sont chaleureusement acclamés à la fin de ce concert. Ils ont bien mérité cette ovation debout. L’art sublime tous les événements, joyeux ou tragiques.

Roland Léonard

 

 

 

 

Soirée de gala vue par le journal Le Nouvelliste

 

Soirée de gala des cent cinquante ans de présence des Frères de l'instruction chrétienne

Le Nouvelliste | Publié le : 15 janvier 2014

Amorcé en octobre 2013 par une cérémonie religieuse, le jubilé des 150 ans de présence des Frères de l'instruction chrétienne se poursuit en 2014. Ce samedi 11 janvier, un gala de lever de fonds a été organisé dans les jardins du Karibe par les Anciens de Saint-Louis de Gonzague.

 

 

Costard, cravate ou nœud papillon pour les hommes, robes pour dames... lampions et bouquets de fleurs sur les tables... un souci de protocole est manifeste à cette soirée éclairée par les étoiles. Elle démarre avec une mise en contexte de Réginald Lubin. Dans sa présentation, il laisse entendre que les Frères de l'Instruction Chrétienne (FIC) sont venus en Haïti quelques années après la signature du Concordat. Les premiers arrivés étaient des volontaires originaires surtout de Bretagne. Pour boucler son intervention, il demande une standing-ovation à la mémoire de ces intrépides qui ont tenté l'aventure sous notre soleil.

Le spectacle démarre avec du jazz. Le chanteur Joël Pierrevil de la promotion 2007 de Saint-Louis de Gonzague revisite des standards. On enchaîne avec Belo, Kote moun yo, Lakou trankil. Il souligne qu'il n'est pas ancien des Frères, mais qu'il fréquente Keke Bélizaire et Fabrice Rouzier depuis huit ans. Donc, il est finalement de la famille.

Le chanteur James Germain entame avec «Amazing Grace» qu'il dédie aux victimes du 12 janvier. «Mèsi Bondye», «Ouangol», «Twa fèy twa rasin o» sont interprétées avec brio. ¨Grenn Zaboka sèvi zorye¨ n'émeut pas en dépit de tous ses efforts. Mais James Germain reste James Germain : une grande voix polyvalente.

Lionel Benjamin lui succède avec «Ayiti mwen renmen w». Sur la chanson «Souvenir d'enfance», il invite le public à répéter les derniers mots de chaque vers de sa chanson. La chaleur monte d'un cran. C'est Boulo Valcourt qui boucle la partie culturelle. Après avoir interprété ses hits comme «Malere», «Vini avè m», il étonne par une adaptation en français de «lapèsòn o» avant de passer à notre vernaculaire. Invités par Réginald Lubin, les autres artistes de la soirée sont allés le rejoindre et se livrent avec lui à une délicieuse improvisation sur les notes de cette mélodie signée Syto Cavé.

La deuxième partie commence avec un discours de circonstance du Frère Hervé Zamor, le supérieur provincial des F. I.C. en Haïti. Il évoque, entre autres, les débuts de la congrégation en Haïti au XIXe siècle, les déboires, leurs difficultés d'adaptation... la création des écoles. Pour revenir à l'actualité, il évoque le séisme du 12 janvier dont la congrégation est sortie victime. En plus des pertes en vies humaines, les F.I.C. ont déploré la destruction de plusieurs de leurs écoles, dont Saint-Louis de Gonzague, Monseigneur Guilloux, leurs écoles à Jacmel, La Vallée, Pétionville... Le Frère Zamor exprime son optimisme par rapport aux efforts des anciens de Saint-Louis et de plusieurs organismes sympathisant à leur cause dans l'optique de la reconstruction des bâtiments détruits et de la concrétisation d'autres projets.

Le frère Gérard Hautbois enchaîne avec la présentation de l'album des 150 ans de présence des F.I.C dans notre patrie. Avec humour, l'auteur fait découvrir le document qui présente l'épopée, dans un français limpide et avec une quantité de photos.

Trêve d'envolée, le gala vers sa fin prend une tournure très sérieuse. Claude Pierre-Louis directeur général de la Sogebank, après une brève allocution, remet un chèque d'un million de gourdes aux Frères. «C'est une façon pour nous de signifier notre engagement à accompagner les F.I.C. dans leur démarche de reconstruction», a-t-il déclaré. Dans la foulée, Donald Emerant, président de la Fondation Brana, monte à son tour sur la scène pour remettre un chèque de 150 000 dollars U.S. Il entame son discours en citant Kennedy : ¨Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country¨. Il relate à sa manière l'odysssée des F.I.C. en Haïti avant d'élaborer sur l'engagement de sa Fondation dans l'éducation en seulement deux années d'existence. Il souligne que les 150 000 dollars offerts à la Fondation des Anciens de Saint-Louis contribueront à la reconstruction du local de l'Institution de Saint-Louis de Gonzague détruit par le séisme en 2010. ¨Alors, distingués invités, au lieu de mettons la main à la pâte, je dirais plutôt mettons la main à la poche pour reconstruire Saint-Louis de Gonzague, pour reconstruire Haïti¨, déclare-t-il à la fin de son discours.

En happy end, le gala s'est achevé par un ¨Happy Birthday¨ chanté par des anciens de différentes promotions sous la conduite de Réginald Lubin

Chancy Victorin